À l’abri de rien. Et c’est tant mieux

L’histoire de Jonas est celle de tout prophète : vocation, déni, fuite, et puis mission, malgré tout… telle est la séquence classique. L’hésitation de Jonas nous le montre coincé entre deux dangers : d’un côté le fond de la mer, une sorte d’enfer ; et de l’autre côté, Ninive – un repoussoir absolu, une terre étrangère aux croyances et aux mœurs incompatibles avec les siennes. Heureusement pour Jonas, même s’il ne l’avait pas compris, Dieu était présent dans ces deux endroits.

Premier lieu, dans l’ordre chronologique : le ventre d’un super prédateur. Ici, notre vocation est d’être digérés, pas recrachés intact sur la terre ferme. Jonas quitte pourtant ce lieu maudit, sain et sauf. Dieu était déjà présent dans ce poisson géant.

Deuxième lieu : Ninive. Jonas y apprend que le Dieu exterminateur qu’il s’était figuré n’existe peut-être pas ! Le Dieu qui pardonne à Ninive n’applique pas le règlement parce qu’il sait que nous n’avons aucune chance s’il faut vraiment appliquer le règlement. Il préfère changer d’avis pour mieux nous montrer que nous pouvons changer de vie.

Et puis, un troisième lieu apparaît : le désert et son soleil au zénith, un petit ricin comme seul abri. Dieu fait pousser un arbre en une nuit et ordonne en même temps à un ver de ronger cet arbre aussi vite qu’il a poussé. Serait-ce le seul lieu inquiétant de toute l’histoire de Jonas ? Le Dieu vengeur serait-il de retour ?

La question de Dieu à Jonas : « Fais-tu bien de te fâcher ? » n’est pas une provocation, elle dit : « Ne vois-tu pas la bonne nouvelle qui remplace la mauvaise, le pardon qui chasse la sanction implacable, la deuxième ou énième chance qui t’est offerte ? »

Il ne reste plus qu’un seul abri à Jonas, après le poisson géant, c’est ce petit arbre qui va bientôt mourir. C’est bien cela l’évangile de Jonas : en matière d’avenir ouvert et de bonne nouvelle, nous ne sommes décidément à l’abri de rien… et c’est tant mieux ! La parole venue d’en haut a atteint Jonas dans les entrailles du poisson et rien ne séparera plus Jonas de la lumière venue d’en haut quand le petit arbre – dernier lieu de fuite – aura disparu. Parole et lumière, comme dans le prologue de l’évangile de Jean. Entre ces deux lieux de fuite, Ninive a déjà changé de vie. Il ne reste plus que la conversion de Jonas. Mais aucune colère ne dure éternellement…

Didier Petit (pasteur)

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© Photo à la une : elac