Le chaos est parfois une chance

Cet épisode de la « purification du Temple » intervient dans les derniers chapitres des évangiles synoptiques : la colère énergique de Jésus a, dans ces textes, quelque chose de « terminal ». Chez Jean, c’est le contraire : la purification du Temple intervient au commencement de l’évangile. Ce n’est pas une sorte d’envoi, mais plutôt un programme destiné à marquer la suite de son ministère.  Le geste et les paroles sont d’une grande violence, à la hauteur d’une profanation insupportable : il y a confusion entre culte et trafic. Mais, tout compte fait, les colères religieuses ont fait assez de dégâts comme ça, tout au long des siècles, faut-il en faire un modèle ?

Jésus n’est pas en train de faire du rangement à coups de fouet. Il retourne, d’une certaine manière, aux origines. S’il met le désordre dans le Temple, c’est sans doute parce qu’on y a enfermé Dieu entre quatre murs en pensant sincèrement disposer de lui. Jésus réouvre le Temple à coups de fouet pour que le Dieu qui y est enfermé soit de nouveau libre d’intervenir à sa guise. La quête de Dieu, dynamique par nature, suppose que tout soit libre et à disposition, comme dans un chaos d’où peut jaillir un monde renouvelé. Revenir à l’origine n’est pas la poursuite d’un âge d’or, c’est chercher à reproduire chaque fois que c’est nécessaire un jaillissement initial.

Jésus, en supprimant les rites du Temple, ne les a-t-il pas remplacés par d’autres rites que nous appelons les « sacrements » ? Jésus n’a pas inventé de nouveaux rites, ce sont les Églises qui s’en sont chargées. Il a simplement ordonné deux choses : « Baptisez et enseignez ! » puis « Faites ceci en mémoire de moi ». Il n’y a rien dans ces gestes simples qui nous conduise à penser que nous disposons de Dieu. Nous disposons seulement d’un moyen simple de revenir à un chaos initial : c’est dans ces moments-là qu’existe le seul temple du corps de Christ, aussi immatériel qu’inusable, aussi fluide qu’indestructible.

Didier Petit (pasteur)

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