- Accueil
- Actualités
- Non classé
- L’Esprit que la pierre n’a pas retenu
Il y a d’abord le constat du tombeau vide ; puis les apparitions du ressuscité ; et enfin une vie qui se poursuit dans le rassemblement autour des seules paroles d’un disparu qui a choisi de ne pas s’en aller tout à fait.
Jésus disparaît, puis réapparaît, puis s’en va de nouveau, mais en changeant de statut : l’homme Jésus meurt pour faire apparaître le ressuscité, le ressuscité s’en va de nouveau pour nous laisser une parole immortelle, une chose fragile seulement en apparence, mais assez puissante pour ne pas se laisser enfermer dans un vulgaire tombeau.
Jésus n’a fait qu’accomplir la parole du prophète Ézéchiel : « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois… » (Ézéchiel 36, 25-27).
En reprenant cette tradition ancienne, Jésus a rendu inutile la présence de Dieu au cœur de la pierre pour mieux l’enfouir au cœur de la chair : nous étions annoncés comme le « véhicule » du divin, c’est maintenant chose faite. Une parole intégrée profondément en nous ne peut pas davantage enfermer Jésus dans une tombe en pierre que domestiquer un Dieu qui parle en l’enfermant dans un Temple de pierre. C’est ici que les disciples doivent comprendre que ce qui s’est passé n’est ni une catastrophe ni une perte, mais un accomplissement et un gain considérable.
Jésus annonce en réalité une libération d’un genre particulier, d’abord une libération de Dieu lui-même, mais aussi des disciples qui, claquemurés « par crainte des autorités », reçoivent leur premier envoi en mission en même temps que l’Esprit. Un avant-goût de Pentecôte, en quelque sorte…
Jésus apparaît deux fois dans ce texte pour rappeler cette évidence : notre condition, c’est de croire sans avoir jamais vu de près. Avoir confiance en un avenir encore à découvrir, et laisser derrière nous nos illusions d’accaparer la vérité.
Si nous comprenons cela, nous sommes vraiment sortis du tombeau vide, mais nous sommes surtout à bonne distance de nos illusions. Et nous sommes donc libres d’accumuler les traces de bonnes nouvelles qui font vivre, petits fragments d’un secret immense qu’il faudra partager avec d’autres, puisque l’heure de la divulgation a sonné.
La rencontre avec le ressuscité dit toute la liberté qui est la nôtre dans l’après-Pâques, avec la Pentecôte en ligne de mire et le temps de l’Église qui suivra : c’est le temps de la divulgation de l’Évangile sous tous ses aspects, puisque l’heure a sonné.
Didier Petit (pasteur)
_______________
Photo à la une de Paul Skorupskas sur Unsplash